Centre Claude Cahun

pour la photographie contemporaine

Centre Claude Cahun

Rencontre

Jérôme Blin, Nathyfa Michel et Éline Gourgues

Rencontre le 23 mai 2026 → Centre Claude Cahun

Dans le cadre de l’exposition Soyons Eau, inventaire de fleuves absents, Rencontre publique et gratuite à 17h des deux artistes Jérôme Blin et Nathyfa Michel ainsi que la commissaire de l’exposition Éline Gourgues, pour une visite commentée de l’exposition.

Cette exposition réunit deux projets photographiques issus d’une résidence croisée menée par le CCC en partenariat avec la MAZ et le MAT et la maison Julien Gracq. En 2025, Nathyfa Michel a arpenté les bords de l’Erdre et de la Loire dans l’ouest de la France. Entre 2024 et 2025, Jérôme Blin a parcouru le fleuve Maroni dans l’Ouest Guyanais. Nathyfa cherche l’eau aux bords de l’Erdre et de la Loire et la trouve absente, disciplinée, privatisée. Elle marche littéralement sur des bras de fleuve disparus sous Nantes, engloutis par la ville. Jérôme trouve l’eau en Guyane mais le fleuve s’est retiré, révélant son lit comme une plaie ouverte. Le mercure de l’orpaillage a fait son oeuvre. Ces deux inventaires du fleuve absent se répondent à travers trois ensembles d’images qui dialoguent : le minéral et le végétal, les portraits des habitants, les paysages fluviaux transformés. Le minéral et le végétal, ou ce qui reste contre ce qui prolifère. Les pierres que Jérôme ramasse sur le lit asséché du Maroni sont des archives muettes. Elles portent peut-être encore des traces de mercure, cette pollution invisible qui s’incruste dans la matière. Dans le lit sec de la Loire, Nathyfa trouve d’autres dépôts: éclats de verre, coques d’écrevisse rouges de Louisiane, fragments de vaisselle. Deux manières de lire ce que l’eau refuse maintenant de porter. Face au minéral qui témoigne, le végétal envahit. La jussie, plante d’Amérique du Sud importée en France au XIVe siècle pour orner les bassins d’agréments, asphyxie maintenant les eaux de l’Erdre et de la Loire. En Guyane, pendant que l’or est arraché aux forêts, le mercure s’infiltre dans les eaux. Ce qui s’accumule et ce qui déborde. Entre les deux, l’eau s’enfuit.

Les portraits témoignent d’une autre réalité: celle des vivants qui habitent encore ces territoires en mutation. Ces mutations ne sont pas que locales: les fleuves sont les archives d’un dérèglement plus large, climatique, qui transforme les cycles de l’eau, déplace les espèces, altère les équilibres. Dans les deux projets, il y a les gens autour du fleuve appauvri, les gestes qui continuent, les manières d’habiter un territoire en mue. Des habitant·e·s qui préservent les écosystèmes, des enfants qui jouent encore au bord de l’eau quand elle est accessible. Ces portraits ne sont pas des illustrations d’une catastrophe, mais les témoins de ce qui tient encore. C’est là que quelque chose se répare; pas dans le grand geste, mais dans l’attention portée à ce qui persiste. Réparer un cours d’eau, c’est aussi réparer les mémoires, recoudre un tissu d’invisibles. Les paysages, enfin, mettent en dialogue deux géographies que tout semble séparer mais que l’histoire relie. L’Erdre et la Loire en France, le Maroni en Guyane. Ces fleuves racontent des circulations: ce qui a été importé (les plantes qui envahissent), ce qui a été extrait (l’or qui part, le mercure qui reste) et sous-jacente, en filigrane, une tension, la mémoire invisible des corps transportés. Les images de Nathyfa et de Jérôme montrent des territoires transformés par ces mouvements. Des berges inaccessibles, privatisées. Des lits asséchés qui révèlent ce que l’eau cachait. Des eaux stagnantes livrées aux cyanobactéries. Ce que ces paysages ont en commun : l’eau fuit, marronne, résiste. Le penseur brésilien Ailton Krenak rappelle que les fleuves sont des entités vivantes, capables de réinventer leur propre course sous terre lorsque la surface devient hostile. Dans cette exposition, deux artistes tracent l’empreinte d’un fleuve absent, ce que l’eau refuse maintenant de porter. Du minéral aux plantes invasives, des portraits de ceux qui restent aux paysages qui se dérobent.


Infos pratiques

Centre Claude Cahun
45 rue de Richebourg
44000 Nantes

Samedi 23 mai à 17h (durée 1h)